comme la lune

Et c’est pareil pour la chanson. Elle aussi connaît ses militants. Elle aussi entretient ses luttes. C’est que l’aimer ne suffit pas : il faut la défendre ! Raison pour laquelle un bon nombre de ses amateurs ou journalistes ou chroniqueurs entretient vis-à-vis d’elle un rapport singulier. Constamment sur le qui-vive, toujours prêts à en découdre, ils se battent pour « la chanson de qualité ». Elle est leur sacerdoce et leur marotte. Moins art pour eux que noble cause. Contingent de la marge, maquisards du bon goût, ils adoptent d’ailleurs volontiers une posture de résistants. C’est qu’eux ne sont pas dupes. Eux savent le danger. Et qu’il y a quelque chose à gagner dans les causes perdues d’avance. Au moins une bonne conscience, si ce n’est un peu de grandeur. Mais leur zèle est si puissant qu’il peut sembler suspect. Leur engagement si fort que je me demande parfois quel vide existentiel il peut bien vouloir combler. […] Autant de hurlements à la lune et de jérémiades qui finissent, il faut bien le dire, par tourner en rond et confiner au ridicule.

Extrait d’un remarquable billet « De chanson et du reste », signé Cyril C.Sarot, à lire en intégralité dans le Reims Oreille d’hiver 2013.

Publicités

les mots qui manquent

Il tient depuis peu dans les colonnes de Reims Oreille belle rubrique « De chanson et du reste » et ne dira mot des siennes.

Il est vrai que ses « textes sont originellement extérieurs, périphériques à la chanson » et qu’il n’est, toujours d’après lui, « ni poète, ni artiste ».

Albert Camus disait que mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde.

Il s’agit dès lors de traquer les mots qui manquent, et c’est précisément le remarquable particularisme du travail d’auteur de Cyril C.Sarot. La contradiction n’est en partie qu’apparente, l’exigence laissant autant insatisfait de soi-même que détaché des termes et appellations génériques.

Le mot qui manque est un mot moins sûrement qu’une respiration entre les mots, entre les lignes un souffle, un élan. La plupart des auteurs emboîtent leurs mots, plus rares sont ceux laissant – recherchant – cet interstice où les mots gardent la parole, où la phrase, le vers, le propos peuvent déborder de leur cadre. On est alors loin de l’eau troublée pour laisser croire à sa profondeur. A l’air libre un ruisseau, non une canalisation.

Dans le cœur mis à nu
Qui s’offre et sans défense
L’atome un peu crochu
Qui fait la différence

J’ai apprécié l’artiste – pardon, l’auteur – avant de connaître le bonhomme, et les deux ne font qu’un. « Je ne sais où je vais, mais j’aurai su partir », écrit-il. Le propre du ruisseau.

Deux sites, Hors-chant et L’autrement dit, forment une élégante présentation de ses écrits et recueils où ses vers toujours ont cette musique intérieure qui permet de les goûter comme… des poèmes. Pour cette raison, dit autrement, ils sont plein chant.

On trouve en exergue de l’un de ses blogs cette citation d’Erik Satie : « C’est le musicien qui inventa l’art sublime d’abîmer la poésie. »

Avis aux compositeurs !

La barre est haute.