terra incognita

« Ça a déjà été fait », m’a récemment répondu l’un de mes copains peintre – de métier et de talent – alors que je lui demandais son avis sur le travail de l’un de ses confrères.

Pour avoir avec lui « creusé » sa réponse, je peux dire sans crainte de déformer ses propos que son « ça a déjà été fait » est d’ordre strictement formel et esthétique. Ce n’est pas « ça a déjà été dit », lequel ferait référence au fond.

Force est ainsi d’observer, dans bien des domaines et milieux de l’art, l’injonction faite aux créateurs d’être formellement novateurs, précurseurs, avant-gardistes, soi-disant modernes, modernes et à tout prix, celui de l’épate et de la provoc et de l’esbroufe compris.

Pour « sortir » (expression révélatrice), l’artiste se devrait, tel un oisillon dans sa coquille, de casser (formats et règles académiques), de briser (limites et tabous), bref, d’un mot qui constitue souvent le nec plus ultra d’un certain art content pour rien, de déconstruire. Pas d’originalité, pas de personnalité, pas d’issue possible sans déconstruction. Déconstruire et briser et casser, même deux pattes à un canard. On est en plein dans le truc, c’est-à-dire loin de l’idée, loin de l’intériorité, du fond.

Loin du fond, quand un artiste est sans doute et en premier lieu un explorateur de cette terre inconnue qu’est lui-même, plongeur tout au fond de notre pâte humaine, commune, mouvante et insondable où tout, forcément, n’a pas déjà été dit. Ou entendu.

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