intellectuel

Étonnement, Albert Camus ne se disait pas intellectuel, écrivain ou philosophe, mais artiste. Plus encore qu’une certaine modestie, on pourrait y voir une traduction de sa volonté permanente d’équilibre entre la théorie et la pratique, l’idéal et l’accessible, l’universel et le singulier. « Les hommes ne vivent pas que de justice mais aussi de beauté ». « De justice et d’innocence », écrit-il même dans « Les justes ». Son œuvre romanesque et théâtrale, dans une beauté à même de faire sens sur l’instant, s’est ainsi élaborée en contrepoint d’une réflexion philosophique et d’un engagement d’intellectuel pour plus de justice dont il mesurait la portée et le terme moins immédiats. Ici sans doute une distinction radicale avec Sartre en qui la justice de demain se dispensait plus aisément (en tous cas pour les autres) de beauté présente.

Camus se disait artiste, mais c’était Camus.

La plupart du temps, les artistes – quand c’est encore leur objectif – ne peuvent nous offrir qu’une beauté signifiante. Le génie seul des grands écrivains, de Shakespeare à Dostoïevski, est de nous révéler à nous-mêmes jusque dans nos recoins les plus obscurs, mais leurs découvertes sont empiriques, rarement théorisées.

Les philosophes ont davantage vocation à théoriser ce qu’ils croient déceler de ce que nous sommes et l’on peut espérer que c’est à la fin ultime de nous rendre un peu meilleurs, vers plus de justice donc.

On pourrait ainsi déduire que l’écrivain est d’abord un acteur de beauté, le philosophe un penseur de justice.

L’intellectuel serait peut-être celui qui parviendrait à être penseur et acteur à la fois de justice et de beauté. Cette incarnation requiert sans doute des circonstances particulières. Il faut peut-être un Dreyfus pour un Zola, pour que la beauté du verbe s’incarne dans la justice de l’action, forgeant à cette occasion le terme d’intellectuel pour la première fois appliqué à Zola.

De même, penseur de beauté paraît assez bien qualifier les mathématiciens ou les physiciens théoriciens en quête de la parfaite harmonie explicative de leurs équations. Mais il faut en outre qu’elles s’incarnent dans une application de justice, que l’esthétique de la pensée rejoigne l’éthique de l’action pour que leur inventeur soit élevé au rang d’intellectuel plutôt que d’apprenti sorcier.

Finalement, ne serait digne du terme « d’intellectuel » que celui qui parviendrait à se hisser à hauteur d’un « manuel » qui produit du beau d’un geste juste.

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